mardi 18 novembre 2014

Qui est Biram Ould Abeid arrêté en Mauritanie?

Le Mauritanien Biram Ould Abeid a été interpellé une nouvelle fois mardi, avec au moins deux de ses camarades de lutte contre l'esclavage. Notre reporter Kossivi Tiassou l'a rencontré 48 heures avant son arrestation.
« ...Ma vie comme celle de mes semblables est façonnée par l’esclavage, non seulement l’héritage mais aussi les vécus quotidiens. » Biram Oud Abeid se définit toujours comme un descendant d’esclave. Dans son pays la Mauritanie, il est l'un des militants les plus virulents pour l'abolition totale de l’exploitation de l’homme par l’homme. « Comment l’Etat mauritanien peut prétendre combattre l’esclavage quand ce sont les victimes de l’esclavage qui partent en prison. Moi et mes amis nous peuplons les prisons, nous subissons cinq procès chaque année. Nous sommes toujours condamnés à de lourdes peines. » Biram Abeid qui vient d’être une nouvelle fois arrêté en compagnie d'au moins deux de ses compagnons de lutte est un habitué des geôles en Mauritanie. Il avait déjà été arrêté et condamné puis gracié en 2012 pour avoir incinéré un livre qu’il considérait comme faisant l’apologie de l’esclavage. Mais pour les dignitaires religieux mauritaniens, c'est un livre sacré… Une journée en compagnie de Biram L’homme est beaucoup sollicité. Il est 15 heures, Biram Abeid est de retour à la maison après une journée bien chargée comme d’habitude. L’homme apparemment affaibli par un coup de fatigue vient de recevoir en audience au siège de son mouvement IRA, une vingtaine de personnes, chacune venue le solliciter pour l’aider ou à aider un proche à sortir de l’esclavage. Mais décidément ce jeudi, la journée n'est pas de tout repos pour le leader abolitionniste. A la maison l’attendent aussi une dizaine de personnes, tous des harratines ou des Maures noirs. Parmi eux, Aziz venu solliciter l’aide de Biram pour la libération de sa mère : « Ma maman est une Hartani, elle est une esclave. Biram peut nous aider, on compte sur Biram pour libérer les esclaves. Inchallah avec Biram, on va changer la Mauritanie. » La maison de Biram Abeid est située dans le quartier PK dans la périphérie de la capitale, Nouakchott. Un quartier connu pour être peuplé en majorité de noirs mauritaniens à l’instar du leader abolitionniste. Ici, celui qui est surnommé « le chasseur d’esclavagistes » est un héros. Dans ce quartier, on retrouve notamment, des forgerons, potiers, cordonniers et même des griots. Ils ont en commun les mauvais traitements et injustices appliqués par les soi-disant nobles ou Blancs avec la complicité de l`Etat, dit-on ici. Les composantes ethniques mauritaniennes sont stratifiées en nobles et non nobles. Et parmi les non nobles, Meriem libérée il y a 2 ans grâce à l’intervention de Biram Abeid : « J’ai été esclave des années durant, mes parents m’ont abandonnée. Aujourd’hui, je suis une personne. Biram, c’est comme mon père. Il a fait de moi ce que je suis aujourd’hui... » Partout ces castes sont les plus dominées, les plus méprisées, et les moins considérées. Des cas comme celui de Meriem, on en compte des milliers selon Biram Abeid. Et bon nombre d’entre eux, sont sans acte d’état civil. Pour eux, lutte le chasseur d’esclavagistes Biram. Biram, un homme de renommée internationale Pour son combat, Biram a reçu des récompenses. Notamment le prestigieux prix allemand des droits de l’homme, « le prix Weimar» du nom de la ville de Weimar et est l’un des six lauréats 2013 du prix des droits de l’homme des Nations unies. Une récompense décernée tous les cinq ans par l’ONU à des personnes ou associations ayant œuvré pour la défense des droits humains dans le monde. Ekkehard Strauss est le représentant du Bureau du Haut Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme en Mauritanie. « Biram est l’un des Mauritaniens qui apportent sa contribution pour l’abolition de l’esclavage. Il a été l’un des candidats à la présidentielle et obtenu près de 9%. Cela prouve que des anciens esclaves ou descendants d’esclaves peuvent participer à la vie politique du pays… » Biram qui a longtemps lutté au sein de « Sos esclave », une autre ONG anti-esclavagiste a fondé en 2008 son organisation, l'Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste, IRA-Mauritanie. Une initiative qu'il définit comme « une organisation de lutte populaire ». Mais en Mauritanie, Biram Abeid est un homme controversé. Il a été candidat à l'élection présidentielle de juin dernier. Ses détracteurs pointent du doigt son tempérament et son caractère réactionnaire. Avec son entrée en politique, beaucoup ont vu une façon de monnayer sa popularité. L’analyse du journaliste et philosophe, Kissima Diagana : « Jusqu’à Biram, on peut dire qu’il y a plusieurs acteurs des droits de l’homme qui ont cherché à combattre l’esclavage. Mais le style de Biram est nouveau. Nouveau style pourquoi ? Parce que c’est un style qui est perçu par beaucoup de gens ici comme un style très agressif, très violent. Sa personnalité, c’est la personnalité d’un homme qui a pris beaucoup de risques allant jusqu’à des confrontations physiques avec les forces de l’ordre. Il faut dire aussi qu’à un certain moment, quand une personnalité de la société civile et ou une personnalité publique commence à avoir une certaine notoriété, il peut lui échapper le réalisme. Il est arrivé à un certain moment au sein de son mouvement, à s’engager politiquement, d’où la création d’un parti politique qui n’a pas été encore reconnu. Au-delà de ce parti, il a saisi l’occasion offerte par la dernière élection présidentielle pour être candidat. Il est arrivé deuxième, ce qui va être pour lui un succès. Il a récupéré un espace politique qui avait été boycotté par les principaux leaders politiques. » La grande surprise de la dernière présidentielle a été le score réalisé par le candidat indépendant Biram Dah Abeid. C'est à dire les 9% des voix. Deutsche Welle

lundi 17 novembre 2014

Birame Ould Abeid : «Je ne cautionnerai jamais la lutte armée»

Mozaïkrim - Quelques jours à peine avant son arrestation, Birame Ould Abeid, rappelait les fondements de sa lutte, qu'il «dit et persiste pacifique», confortablement installé dans un fauteuil, chez un ami d'IRA dans Nouakchott où il reçoit désormais pour ses entretiens. «Les journalistes qui sortent de chez moi sont fliqués et leur matériel confisqué» s'amuse-t-il presque. Entretien.
Vous avez eu 9% aux dernières présidentielles mauritaniennes. Comment analysez-vous ce score? C'est un très bon score, vu les barres de fer qu'on nous a mis dans les roues ! Vu le peu d'argent qu'on a pu mobiliser, les fraudes massives dans les localités où nous n'avons pas pu nous déplacer, c'est un beau score. Je m'explique : Je dénonce la Société Générale en Mauritanie comme une succursale favorisant la domination d'un système d'état basé sur l'exclusion, à la tête duquel se trouve aujourd'hui Mohamed Ould Abdel Aziz. Durant la dernière campagne présidentielle, cette institution bancaire a tout fait pour faire capoter les dons qu'on nous envoyait sur le compte qu'on avait ouvert là-bas, en supposant a priori qu'elle serait éloignée des magouilles locales. Les dons n'ont pas été acceptés. Ce sont les donateurs eux-mêmes qui nous ont prévenu. La banque a avancé l'argument bureaucratique éculé, surtout dans ce contexte, «d'éléments manquants au dossier du compte». Mais le plus grand problème est que la banque exigeait de nous ce qu'elle n'exigeait pas des autres candidats ! Finalement le compte n'a pas été ouvert. Ce manque d'argent ne nous a permis de compétir que sur 1/3 du territoire national ! Avec cela, et le manque d'élus locaux (on nous a empêché de nous présenter aux dernières élections locales), et un pouvoir qui utilise les moyens de l'état, on a fait 9%. Car vous devez savoir que les urnes ont été bourrées dans les deux autres tiers du pays où nous n'avons pas pu être présents. Dans le tiers du pays où on a pu vérifier le comptage des urnes, on a fait entre 30 et 50% à chaque bureau ! C'est seulement la spontanéité des populations qui me soutenaient, qui m'ont permis d'avoir ce score national de 9%. Dans ce contexte, je dis oui que c'est un bon score. Où en est la lutte contre l'esclavagisme au niveau judiciaire ? Malgré la criminalisation de l'esclavage, les esclavagistes sont soustraits à toute sanction, même quand ils sont traînés devant les tribunaux. En ce sens aussi, les bailleurs de fonds, et les partenaires internationaux doivent savoir que l'état mauritanien refuse de distribuer les sommes importantes qu'il collecte par rapport à la lutte contre l'esclavage et ses séquelles. L'essentiel est détourné et ce ne sont pas les victimes qui en bénéficient. Toutes les institutions créées par l'état, pour lutter soi-disant contre l'esclavage, engraissent davantage les esclavagistes, et ne servent en aucun cas à soulager la détresse des esclaves libérés. Vous évoquiez en privé le soutien occidental au régime actuel... Le système d'appartheid actuel en Mauritanie tient surtout par le soutien occidental, de la France et des USA essentiellement. Si l'aide militaire, économique et diplomatique de ces pays à la Mauritanie cesse, le pouvoir va s'équilibrer. L'erreur de ces pays est qu'ils fondent la présence de Mohamed Ould Abdel Aziz, comme une condition de leur sécurité d'avant-garde quant au terrorisme dans le Sahel. Comment fermer l'oeil et soutenir la confiscation des libertés de la majorité d'un peuple, pour une stratégie aussi légère ? Mais ce pouvoir développe les extrémismes et les obscurantismes les plus dangereux. C'est quand même ce pouvoir qui le premier a utilisé l'arme de l'excommunication religieuse et l'accusation d'apostasie ! A partir de laquelle, en conseil des ministres, le 4 mai 2012 il m'a condamné à mort. Quelle différence idéologique entre ce système et celui de Daheich et Boko Haram ? Des voyous enveloppés des habits de la foi, c'est tout. Et cela il l'a répété devant les ambassadeurs accrédités en Mauritanie invités par ses soins, dont ceux des USA, de l'union européenne et de la France. Il a dit que je méritais la mort au regard de l'Islam. Aucun ambassadeur occidental n'a pipé mot et rappelé les principes de son pays. La liberté de conscience, la prohibition de la peine de mort... Quel enseignement, ou expérience du milieu carcéral, tirez-vous de vos différents séjours dans les prisons mauritaniennes ? Lors de mon dernier séjour à la prison, il y avait 700 prisonniers sur 1800, venus là car quelqu'un avait porté plainte contre eux. Tous étaient noirs : haratines, noirs-mauritaniens ou étrangers. Plus tard nous avons épluché la liste des plaignants, et tous étaient des arabo-berbères ! Faites maintenant le tour des prisons mauritaniennes : aucun arabo-berbère n'a jamais été en prison à cause de la plainte d'un Haratine ou d'un noir-mauritanien. Comment expliquer cela sinon par la discrimination ? On vous dit extrémiste vous-même, dans votre discours particulièrement et vos prises de position. (sourire). Ai-je déjà cassé ou exhorté à casser ? Ai-je déjà blessé, tué ou exhorté à le faire ? Jamais et je ne le ferai jamais. Je ne cautionnerai jamais la violence, ou la lutte armée. Mais sinon le discours est violent, de rupture totale, parce que la situation que vit la plus large frange la population mauritanienne est violente ! Elle vit dans la misère, l'exclusion et la discrimination, qui fait d'elle des citoyens de troisième zone, derrière même les étrangers arabes qui vivent en Mauritanie ! La tension actuelle que subit la société mauritanienne est du fait du système en place qui résiste aux revendications légitimes d'égalité, de justice d'une majorité écrasée. Et j'ai peur qu'à la longue cette résistance ne soit suicidaire. Il y a un embryon de prise de conscience des couches pauvres, qui se disent ne plus rien avoir à perdre, notamment dans les quartiers périphériques, où il y a littéralement non-assistance à populations en danger, laissées à leur sort. Tout pourrait bien se passer, mais avez-vous jamais vu dans l'histoire de tous les peuples, et de tous les temps, une couche sociale, une caste, céder librement, joyeusement des privilèges iniques qui écrasent la masse. Je serais heureux de voir une exception mauritanienne. Donc c'est de la mauvaise foi et de la démagogie de me traiter d’extrémiste parce que je pose simplement et franchement le problème de l'injustice en Mauritanie, du racisme d'état plus largement. Il y a 35 ministres, et 30 arabo-berbères parmi eux ; il y a 54 préfets, et 52 parmi eux sont arabo-berbères ; il y a 13 gouverneurs, 12 parmi eux sont des arabo-berbères. A quoi tient cette discrimination, ce racisme d'état, érigé en système ? Sont-ils plus nombreux ? Non. Sont-ils plus compétents ? Non. Sont-ils plus moraux ? Non. Pourquoi cela ? Quand on aura répondu à cette question cruciale qui crée les conditions propices à des tensions sociales extrêmes, alors on commencera à avancer ici.

Mauritanie: Biram Dah Abeid et d’autres militants anti-esclavagistes emprisonnés

Un des pires endroits au monde où naître noir se trouve en Afrique occidentale. Il a pour nom Mauritanie, l'un des rares pays où l'esclavage existe encore, en 2014. Des noirs peuvent y être donnés en cadeaux, peuvent être privés de leur terre sans aucune forme de compensation et des enfants séparés de leurs parents par leurs maîtres arabes. Le 11 novembre des militants des droits humains qui sillonnaient le pays pour dénoncer ”l'esclavage foncier” ont été arrêtés. J'ai écrit un billet intitulé Des militants arrêtés et torturés pour avoir dénoncé ”l'esclavage foncier” en Mauritanie pour le réseau globalvoicesonline.org, que je vous propose ci-dessous. Biram Dah Abeid, Président de ’Initiative pour la Résurgence du Mouvement Abolitionniste en Mauritanie (IRA dont la page Facebook regroupe 5 035 “mentions J’aime”) ainsi que plusieurs autres défenseurs des droits humains en Mauritanie, ont été arrêtés et détenus depuis le 11 novembre 2014. Certains ont été torturés. Ce militant est lauréat du Prix des Nations Unies pour la cause des droits de l’homme pour 2013 ainsi que de celui du Front Line Defenders At Risk en 2013. Il avait organisé une caravane de sensibilisation pour sillonner le pays de village en village, en tenant des conférences afin de dénoncer ”l'esclavage foncier”, un système qui transforme les membres de la communauté hratine en ouvriers agricoles sur leurs terres ancestrales. L'IRA-Mauritanie est bénéficiaire, en 2014, d'un micro-crédit de Rising Voices pour la formation de 35 anciens esclaves dans l'utilisation des réseaux sociaux. Les autres participants à la caravane qui ont été arrêtés sont: M. Brahim Bilal Ramdhane, M. Khattri Rahel, M. Dah Boushab, M. Abidine Matalla, M. Samba Diagana, M. Hassane Mahmoud, tous membres de l'IRA, ainsi que M. Djiby Sow, président de l'ONG Kawtal, ONG partenaire de l'IRA. Dans un billet sur son site, une Fondation Internationale pour la protection des défenseurs des droits humains Front Line Defenders fait savoir que: Le 11 novembre 2014, le défenseur des droits humains M. Biram Dah Abeid et au moins huit autres défenseurs des droits de l'homme ont été arrêtés par la police et se trouvent actuellement arbitrairement détenus. Sept d'entre eux sont membres de Initiative pour la Résurgence du Mouvement Abolitionniste en Mauritanie – IRA, une organisation qui œuvre pour l'éradication de l'esclavage en Mauritanie…. La caravane a publié régulièrement un bulletin décrivant ses différentes étapes sur un blog portant le nom du Président biramdahabeid.org. Dans le premier billet, on peut lire: La caravane contre l’esclavage foncier sillonne la vallée du fleuve Sénégal depuis le 7 novembre malgré le boycott organisé de la presse. Aujourd’hui, dimanche 9 novembre 2014, elle se trouve à Rabie où elle tient présentement un meeting populaire sous la présidence du vice président d’IRA-Mauritanie Brahim Bilal Ramdhane, en présence de Djiby Sow président de l’ong Kawtal Djélitaré, Balla Touré et d’autres personnalités.“> Le No. 6 du bulletin, publié ce 14 novembre, fait savoir que Brahim Bilal RAMDHANE, Dah BOUSHAB et Khattri RAHEL, ont été physiquement torturés et humiliés par les forces de sécurité.
Dans un communiqué de presse du mercredi 12 novembre Amnesty International, tout en exigeant la libération des militants, déclare: Ces arrestations s'inscrivent dans une répression croissante visant les militants anti-esclavagistes en Mauritanie. En octobre, quatre membres de l'IRA ont été appréhendés dans la plus grande mosquée de Nouakchott, la capitale, alors qu'ils réagissaient à des critiques formulées contre leur organisation. Ils ont été accusés d'avoir perturbé le déroulement des prières et incité à la révolte, entre autres charges. Ils sont maintenus en détention sans jugement. D'autre part, la Fondation Internationale pour la protection des défenseurs des droits humains, Front Line Defenders signale que: … depuis leur arrestation, leurs téléphones ont été confisqués, et les détenus se trouvent actuellement isolés sans aucun contact avec l'extérieur et sans pouvoir parler à un avocat. Les informations reçues indiquent que certains d'entre eux sont détenus à la gendarmerie et d'autres à la direction de la sûreté. Plusieurs associations abolitionnistes, dont le Collectif “Touche pas à ma nationalité” condamnent ces arrestations et exigent la libération de tous les militants. Le collectif Touche pas à ma nationalité signale par ailleurs des violences que ses membres ont subies dans la capitale, Nouakchott, lors d'un rassemblement de soutien à la caravane, le 11 novembre. Ibou révèle dans un billet paru sur rimweb.net un document photocopié officiel ces violences des forces de l'ordre suivi de l'arrestation des militants est venu de très haut. Dans son commentaire, il ajoute: La source sécuritaire, qui a requis l’anonymat, a ajouté que les autorités administratives dans cette ville du sud de la Mauritanie ont reçu l’ordre de haut lieu d’interdire à cette caravane d’IRA d’entrer dans la ville. A 15km de Rosso, une unité de la gendarmerie avait intercepté la caravane et expliqué qu’elle lui assurera une protection jusqu’au dépassement de la capitale du TRARZA. La source a affirmé que la gendarmerie a informé l’Initiative pour une résurgence d’un mouvement abolitionniste en Mauritanie que sa caravane peut traverser la ville mais sans y organiser de meeting parce qu’elle ne dispose pas d’autorisation de la part des autorités. Les responsables de cette caravane, à leur tête le président d’IRA, Biram Ould Dah Ould ABEID, ont alors déclaré qu’ils refusent de telles consignes et sont prêts à sacrifier leurs vies pour organiser un meeting populaire à Rosso, procédant même au blocage de la route Rosso-Boghé. L’unité de gendarmerie a alors arrêté Biram Ould Dah Ould Abeid et certains de ses compagnons et procédé à la dispersion des autres participants à la caravane. Dans un message au peuple mauritanien, depuis le lieu de sa détention, Biram Dah Abeid, qui a été candidat aux dernières élections présidentielles, invite les militants et militantes de l’IRA, ainsi que tous ceux des autres mouvements abolitionnistes à inscrire leurs actions et leurs propos dans l’engagement civique et pacifique. Il ajoute: D’autre part j’envoie le message suivant aux autorités : J’aspire à être jugé pour tous les chefs d’inculpation que les laudateurs, les esclaves du faux témoignage, les racistes et les esclavagistes aigris n’ont cessé de me coller dans les médias de l’Etat, dans d’autres médias esclavagistes, racistes, et dans les mosquées. Nous sommes animés de l’esprit du sacrifice qui nous confère de résister moralement à toute condamnation même à mort car nous dédions notre vie pour les opprimés, pour les humbles, pour la démocratie» Le 13 novembre 2014, les diasporas mauritaniennes en Amérique du Nord et en Europe ont publié un communiqué dans lequel elles déclarent notamment: Le succès de cette campagne et la mobilisation des populations locales ont fait peur au gouvernement qui a alors décidé de réprimer ces défenseurs des droits de l’homme lors de l’étape finale de la caravane. En effet, arrivés à Rosso le matin Mardi 11 Novembre 2014, ces militants furent accueillis par les forces de sécurité mauritaniennes qui procédèrent aux arrestations ; tous les arrêtés demeurent privés de tout contact extérieur. A plusieurs occasions les organisations abolitionnistes ont alerté l'opinion nationale et internationale sur le danger de guerre civile que court la Mauritanie à cause de “l’alignement systématique des autorités étatiques sur la position et les intérêts des oppresseurs, et exhorte à l’éradication de l’esclavage foncier qui mine la cohésion sociale du pays”. Biram Dah Abeid a été incarcéré plusieurs fois, dont la dernière a été en 2001 parce qu'il avait brûlé des ouvrages religieux, légitimant l’esclavage provoquant la colère des religieux et de la classe politique. Les autorités avaient menacé d’appliquer la sharia. Face à un pouvoir sourd, sa tactique en manière de politique est caractérisée par des positions tranchantes, des transgressions des tabous et des actions souvent considérées comme hérétiques. C’est pour cela que ses actions ont été systématiquement condamnées par des appels aux meurtres et par des arrestations de ses militants. Un groupe “LIBEREZ Biram Ould Dah Ould Abeid” créé sur Facebook a déjà 1384 membres. Abdoulaye BAH http://konakryexpress.wordpress.com/